Débat citoyen à l’OIDH : Simone Gbagbo retrace l’évolution du système électoral ivoirien et plaide pour une nouvelle gouvernance des élections

L’Observatoire ivoirien des droits de l’Homme (OIDH) a reçu, mardi 15 septembre 2026, Dr Simone Ehivet Gbagbo, présidente du Mouvement des Générations Capables (MGC) et ancienne Première dame de Côte d’Ivoire. Invitée de la tribune citoyenne de l’organisation dénommée "Les vendredis de l'OIDH" , elle a consacré une large partie de son intervention à l’évolution du système électoral ivoirien et aux réformes qu’elle estime nécessaires pour renforcer la transparence, la confiance et la sincérité des scrutins. La date de cette rencontre coïncidait avec la Journée internationale de la démocratie instituée par les Nations unies.
Du ministère de l’Intérieur à la recherche d’un organe indépendant
Devant les participants réunis au siège de l’OIDH, Simone Ehivet Gbagbo est revenue sur plusieurs étapes de l’histoire électorale de la Côte d’Ivoire. Son exposé a notamment porté sur le passage progressif d’un système dans lequel l’organisation matérielle des élections relevait largement de l’administration, notamment du ministère de l’Intérieur, à un dispositif reposant sur un organe électoral présenté comme indépendant.
Dans son récit, la présidente du MGC a insisté sur le rôle joué par les mobilisations politiques et citoyennes dans cette évolution. Selon elle, certaines garanties aujourd’hui considérées comme essentielles au processus électoral ont été obtenues à la suite de revendications successives : accès des acteurs politiques aux listes électorales, présence de représentants dans les bureaux de vote, contrôle du dépouillement ou encore sécurisation et remise des procès-verbaux électoraux.
Elle a ainsi présenté l’histoire du système électoral ivoirien comme celle d’une construction progressive, marquée par la recherche de mécanismes susceptibles de protéger l’expression du suffrage et de limiter les contestations.
L’année 2000 présentée comme un tournant
Dans cette lecture historique, Simone Gbagbo a accordé une place particulière à l’année 2000, qu’elle considère comme une étape majeure dans la transformation du dispositif électoral ivoirien. Le changement politique intervenu au cours de cette période avait notamment été accompagné de l’adoption d’un nouveau Code électoral et de la mise en place d’une Commission électorale indépendante.
Pour l’ancienne Première dame, cette évolution traduisait une exigence devenue centrale dans le débat démocratique ivoirien : faire en sorte que l’organisation des élections ne dépende plus exclusivement de l’administration et que le verdict des urnes puisse être établi à partir de procédures suffisamment sécurisées et contrôlables par les différents acteurs.
Au cœur de son intervention s’est ainsi imposée la notion de sincérité du scrutin. Elle a rappelé, à travers plusieurs épisodes politiques évoqués au cours de son exposé, que la démocratie ne se limite pas à l’organisation matérielle d’une élection, mais suppose également que le résultat issu des urnes puisse être accepté et respecté.
Vers un Haut Conseil électoral de 13 membres
Au-delà du rappel historique, la rencontre a surtout permis à la présidente du MGC d’exposer sa proposition pour l’avenir de la gouvernance électorale en Côte d’Ivoire. Elle défend la création d’un Haut Conseil électoral (HCE) qui compterait 13 membres et dont la composition exclurait aussi bien les représentants des partis politiques que ceux du gouvernement. Cette proposition avait déjà été portée ces derniers mois dans les échanges engagés par plusieurs formations de l’opposition autour de la réforme électorale.
Selon le schéma présenté, les membres de cette institution seraient principalement issus de la société civile et de différents secteurs socioprofessionnels : organisations de défense des droits de l’Homme, organisations religieuses, chefferie traditionnelle, patronat, monde agricole, enseignants-chercheurs, médias, syndicats ainsi qu’experts électoraux.
Simone Gbagbo justifie cette architecture par la volonté d'éviter que les partis politiques, directement engagés dans la compétition électorale, participent également à l'arbitrage de cette même compétition. Elle préconise en conséquence un organe qu'elle souhaite indépendant aussi bien du pouvoir exécutif que des formations politiques.
Les préfets et sous-préfets hors de l’organisation électorale
Autre point développé au cours des échanges : la place de l’administration territoriale. La présidente du MGC propose que les préfets et sous-préfets ne participent plus à l’organisation matérielle du scrutin. Dans le dispositif qu’elle défend, les forces de police et de gendarmerie conserveraient toutefois une mission de sécurisation des opérations électorales et des campagnes, à la demande de l’organe électoral.
La procédure de désignation des membres du Haut Conseil électoral comporterait, selon la proposition présentée, plusieurs niveaux de contrôle. Une commission parlementaire examinerait les candidatures issues de la société civile, avant publication des profils retenus afin de permettre des observations du public. Le Parlement se prononcerait ensuite, avant une nomination formelle par décret présidentiel.
Restaurer la confiance autour de l’élection
Au-delà des considérations techniques, le débat organisé par l’OIDH a replacé au centre des échanges une question récurrente de la vie politique ivoirienne : celle de la confiance dans les institutions chargées des élections.
Pour Simone Ehivet Gbagbo, une réforme de l’organe électoral devrait permettre d’aboutir à des élections qu’elle souhaite « justes », « transparentes » et « sincères ». Elle appelle, dans cette perspective, à une concertation entre les différentes parties prenantes afin de parvenir à un consensus sur la future architecture électorale.
Organisée symboliquement le 15 septembre, cette rencontre faisait également écho au thème retenu par les Nations unies pour la Journée internationale de la démocratie 2026, qui met notamment l’accent sur le dialogue, la participation et l’implication de différentes composantes de la société dans les processus de décision.
Le débat de l’OIDH aura ainsi permis de confronter l’histoire électorale ivoirienne aux interrogations actuelles sur son avenir institutionnel. Entre mémoire des réformes passées et propositions pour un nouveau cadre électoral, les discussions ont rappelé que la crédibilité des élections demeure étroitement liée à la confiance accordée aux règles, aux institutions chargées de les appliquer et à leur capacité à traduire fidèlement le choix exprimé dans les urnes.
